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Le quota

17 septembre 2023
Le quota Le quota [© Christian Drouet / STUDIO CREATIVE PARTNER]

Anisha, une jeune femme issue de l’immigration, est propulsée à un haut poste très convoité grâce à la politique des quotas. Pour Bertrand, elle représente tout ce qui cloche dans ce pays : Une France qui sanctionne les talents et récompense les apparences. S'en est trop. Coups bas, pression, pièges, trahison, la guerre est déclarée.


Temps de lecture : 9 min

Elle n’a rien à faire ici. Elle a volé la place de mon meilleur ami. Elle se sert de ses origines pour obtenir un passe-droit. Il est grand temps de la renvoyer d’où elle vient.

Bertrand déteste les quotas. Il les poignarde dans le dos. Quand Anisha est arrivée dans l’entreprise, Bertrand a fustigé la nouvelle politique de discrimination positive. Selon lui, récompenser la couleur de peau, la religion ou les origines est une aberration. C’est injuste et Bertrand ne supporte pas l’injustice.

On ne répare pas une injustice par une autre injustice !

Anisha n’est pas compétente, elle n’a pas les bons diplômes, elle n’a pas d’expérience, pourtant c’est bien elle qui a été choisie. Coup du sort, c’est Bertrand qui va devoir former celle qui a volée la place de son ami.

Ça fait 5 ans que François, son ami d’enfance, se bat pour ce poste. 5 ans que François sacrifie sa vie de famille. 5 ans que François se tape le sale boulot. 5 ans qu’il accepte l’inacceptable ! François a pourtant fait tout ce qu’il fallait.

Contrairement à Anisha, François a été dans la bonne école et a décroché les bons diplômes. Il a juste fait les efforts qu’il fallait. Ça n’a pas été facile, il a dû se battre pour intégrer une école élitiste qui ne fait pas de cadeau.

Solidaires dans l'adversité, François et Bertrand ont dû se taper tout un tas de petits boulot ingrats pour financer leurs études. Malheureusement pour eux, leurs parents n’avaient pas les moyens de payer de grandes écoles. Bertrand et François ont grandi avec des « fils de ».

Non, ce n’était pas facile.

Contrairement à ce que tout le monde pense, les gosses de riche n’ont pas du tout, mais alors pas du tout, des vies faciles. Ils subissent dès l’enfance, des pressions que vous ne pouvez même pas imaginer.

Ils sont sensés devenir les dignes héritiers de leurs parents. Problème, leurs parents sont les meilleurs des meilleurs, des légendes, ou les pires des pires, des ordures avec des noms difficiles à porter.

Imaginez-vous à 14 ans, viser un 18/20 dans une matière qui ne vous intéresse pas, pour obtenir un diplôme dont vous ne voulez pas, qui vous permettra d’exercer un métier que vous détestez, et cerise sur le gâteau, dont vous en serez l’indigne héritier. Et bien c'est exactement ce qui vous attends.

Pire encore, si vous échouez à reprendre l’entreprise de papa, vous ne serez qu’un bon à rien, un « fils de », pourri et gâté, qui ne mérite pas d’être à la tête d’un tel empire. Si vous réussissez, là aussi, vous ne serez que le « fils de », qui a tout obtenu facilement grâce à son papa.

Les gosses de riches sont seuls et détestés de tous.

Les trois quarts du temps, ces mômes sont livrés à eux même. Ils ne voient jamais leurs parents. Bien sûr, ils reçoivent de l’argent pour combler l’absence mais ça ne remplit jamais le vide. Ils doivent affronter seuls les moqueries, les insultes et les préjugés des classes populaires. Ils doivent apprendre à vivre avec ce perpetuel sentiment d'injustice , seul.

Les gosses de riches sont en colère et c’est ce qui les rends violents.

Bertrand et François ont pris des coups pendant toute leur jeunesse. Parce qu’ils étaient différents, parce qu’ils n’avaient pas d’argent, parce qu’ils n’avaient pas d'amis, et surtout parce qu’ils étaient plus intelligents.

Aux yeux de tous ces gosses de riches, Bertrand et François étaient la preuve vivante que leurs parents avaient raison. Les bonnes notes de Bertrand et François leur prouvaient qu’ils étaient bel et bien des fils indignes, feignants, incapables, bons à rien, bref la honte de leur famille.

Bertrand et François se sont battus toute leur vie contre les préjugés et les idées reçues. Ils étaient des pauvres parmi les riches et des riches parmi les pauvres.

Ils ont passé leur vie à prouver qu’ils méritaient leur place.

Quand ils retrouvaient les quartiers pauvres de leur enfance, leur éducation et leur accent les faisaient passer pour des aristos, incapables de comprendre les vrais problèmes, des vrais gens.

Quand ils allaient voir leurs amis dans les beaux quartiers, ils étaient les prolos qui ne pouvaient pas comprendre ce que vivent vraiment les riches. La pression des parents, les études, les filles, les noms difficiles à porter, et bien sûr, l’héritage des parents.

Certes, tout au long de leur carrière, ils ont bénéficié d’un bon réseau et d’un bon diplôme qui leur a ouvert des portes, mais ils ont dû gravir les échelons un à un, jusqu’au sommet, à la sueur de leur front.

Ils ont commencé tout en bas de l’échelle. Ils ont dû se battre pour gagner leur place et aujourd’hui on vient leur expliquer qu’il suffit d’avoir une couleur de peau foncée pour leur passer devant ? Il en est hors de question.

Anisha doit dégager !

Bertrand a une très longue expérience du combat. Même s’il est vrai que lui aussi a le dos recouvert de cicatrices, il en a poignardé plus d’un. Il n’est pas arrivé au sommet par hasard.

En haut de la pyramide, les places sont comptées. Pour arriver au sommet, être compétent, diplômé et travailler dur ne suffit pas. Il faut éliminer la concurrence, briser des carrières, briser des hommes.

La France est réputée dans le monde pour son excellence, son niveau d’éducation et sa productivité au travail. Résultat, un nombre astronomique de salariés qualifiés se livrent une bataille féroce pour un nombre limité de hauts postes.

Beaucoup d'appelés, trés peu d'élus.

Bertrand est un battant, il fait partie de ceux qui survivent. Sabotage, rétention d’information, guet-apens, piège, trahison, manipulation, campagne de dénigrement, surmenage, pression… Bertrand sait comment vous briser.

Anisha ne sait pas encore à qui elle a à faire. Bertrand fait d’abord semblant d’être son ami. Il fait ce qu’il appelle « du renseignement ». Il veut tout savoir sur elle. Il veut connaitre ses points faibles.

Il ne lui a pas fallu bien longtemps pour comprendre qu’Anisha n’était qu’une ravissante idiote, naïve et sans intérêt. Elle a été choisie parce qu’elle n’a aucun avenir dans l’entreprise et surtout parce qu’elle ne représente aucune menace pour personne. Son rôle se résume en une seule phrase :

Sois belle, tais-toi et souris sur la photo.

La direction a décidé de communiquer au grand public, le succès de sa politique de diversité, d'équité et d'inclusion (D.E.I), que la mairie les sommes de mettre en œuvre depuis des années. Autrement dit :

La direction veut des subventions de l'état et des gros contrats.

Anisha sourit à pleines dents au centre de toutes les photos. Elle est là, lors de la visite des élus, juste à côté du grand chef. Elle est encore là, lors des interviews avec les médias. Elle est même là, sur les panneaux publicitaires dans la rue et les stations de métro.

Anisha est LE quota de minorité visible. Elle est la seule et il n’y en aura pas d’autres. Elle ne coûte pas cher et peut rapporter gros. Elle est intouchable. Bertrand comprend très vite que ce sera bien plus compliqué que ce qu’il avait prévu, mais il a un plan.

Opération mouton noir.

Son plan est simple, il va se débarrasser d’elle en la rendant responsable de la perte des subventions de l'état et du gros contrat. Il va suffisamment la former pour qu’elle puisse étre responsable du dossier, mais pas assez pour qu’elle puisse remporter le contrat.

Dans un premier temps, il va la soutenir, la motiver, la pousser à demander de plus en plus de responsabilités. Il faut qu’elle ait un rôle important pour l’obtention du contrat. Il va s’assurer que son nom apparaisse bien, en gros et en caractères gras, sur tous les documents importants.

Sabotage

Ensuite, il s’assure que les délais soient intenables, que les moyens lui manquent, que les outils ne fonctionnent pas et surtout qu’on lui dissimule les informations les plus importantes.

L’objectif est simple, la pousser à prendre les mauvaises décisions, au mauvais moment, pour les mauvaises raisons, afin de faire échouer la signature du contrat. Bien sûr, il faudra aussi pousser la mairie à se plaindre du travail d’Anisha.

Enfin, Bertrand lancera une virulente campagne de dénigrement qui nuira à la réputation d’Anisha et bien sûr à celle de l’entreprise. La direction n’aura pas d’autre choix que de la convoquer pour obtenir des explications.

Trahison

À cet instant précis, celui qu’elle croit être son ami, l’accompagnera pour lui porter le coup de grâce. Sur un ton totalement innocent, Bertrand lui fera porter le chapeau, pour tous les sales coups qu’il lui a fait dans le dos, en l’accusant des pires infractions à la loi.

Infractions qu’elle n’aurait jamais commises, si elle avait été tenu au courant de l’existence de ces lois. Je dirais même plus, si Bertrand l’avait formée correctement, jamais de la vie, elle n’aurait commis un acte d’une telle gravité !

Anisha sera alors licenciée pour faute grave.

Oui, je sais ce que vous vous dites, C’est très cruel. Mais oui, son plan a fonctionné à merveille. Anisha n’avait aucune chance de s’en sortir et il n’y a rien qu’elle aurait pu faire pour empêcher ça.

Attendez, il y a encore mieux :

Son ami François a été nommé en urgence pour la remplacer et rattraper le coup.

Bertrand et François ont assuré. Non seulement ils ont remporté le gros contrat et les subventions de l’état, mais en plus, ils ont été récompensés comme jamais : Primes, augmentations, promotions, félicitations, ils ont tout raflé. Ils ont été propulsés jusqu’au sommet sous les applaudissements et depuis il sont indétrônables.

Mieux encore, dorénavant c’est eux qui décideront s'il faut metttre en place, une politique de diversité, d'intégration et d'inclusion au sein de l’entreprise. Autant dire les choses clairement : C’est pas demain la veille.


À VOUS DE JOUER !

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Le petit sondage

Le petit sondage
Et vous ? Si vous étiez à la place de Bertrand et que vous étiez contraint de choisir entre, soutenir votre ami d’enfance et former le quota qui lui prend sa place. Qu’auriez-vous choisi ?
Veuillez sélectionner un réponse.
Veuillez sélectionner une option existante ou entrer la vôtre, mais pas les deux.
Veuillez sélectionner au minimum 0 réponse(s) et au maximum 4 réponse(s).
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